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Mémoires d’orphelines de guerre

Filles de Hélène et de Joseph Sevestre décédé le 16/06/1940

 

 

 

 

Mémoire de la guerre 39/45

Par Henriette Sevestre

 

 

J’avais 4 ans en 1940 et nous vivions à la grâce de dieu, hameau d’Autheuil.

Mon père était décédé à l’armée, au début de cette guerre.

 

Notre mère s’occupait seule de la ferme et élevait ses deux filles, Marguerite et moi. Il y avait aussi notre grand-mère paternelle.

Il me reste quelques souvenirs de ces années perturbées.

 

A l’exode, de pauvres gens marchaient sur la route pour fuir l’avancée allemande. Nous allions nous cacher  dans les grottes de Battereau avec les autres membres de la famille Pavie et des gens de Douy et St Hilaire. Un jour un avion est passé en rase motte au dessus de l’eau. Les adultes nous ont fait entrer rapidement dans la grotte. Nous avons eu très peur. Le pilote nous avait vu.

Comme pour  tout le monde, nous devions partir aussi sur les routes pour échapper aux exactions des allemands colportées par des rumeurs.

Mon grand-père voulu acheter du pain à St Denis les ponts pour nourrir toute la famille pendant quelques jours. Il revint sans avoir eu de quoi manger et déclara : On ne part pas. C’est à ce moment que j’appris que nous devions partir comme tous ces pauvres gens. A noter que les allemands sont passés sur la nationale 10 et que rien de grave ne s’est produit pour nous

Comme nous étions dans notre grotte, des gens dormaient à la grâce de dieu, dans le foin pour y passer la nuit. Quand nous y revenions pour nourrir les vaches, il arrivait que nous trouvions des pièces de monnaie qui étaient tombées des poches. Maman nous les donnait.

Nous étions terrorisés par les allemands et quand nous entendions leurs pas, nous nous cachions où l’on pouvait.

Une fois ce fut dans un fossé. Une autre fois en me sauvant, j’ai déchiré ma robe en passant entre les fils barbelés qui entouraient un pré.

 

En 1943, nous avons eu un nouveau père et nous avons déménagé pour nous installer dans le bourg d’Autheuil.

 

Le pont routier de Cloyes a été bombardé.

Une bombe est tombée chez le marchand de vin de la route de Courtalain.

Les gens disaient que le vin coulait dans les rues.

 

Un jour que les avions passaient et que la D.C.A. ripostait, un éclat d’obus tomba sur le sabot de maman. Papa nous fit rentrer rapidement.

 

Papa avait creusé une tranchée dans le pré et nous y allions nous abriter quand il y avait une menace aérienne.

 

Le pont de chemin de fer de Chanteloup, commune de St Jean Froidmentel, a été détruit en partie et rafistolé. Les wagons y passaient un par un.

 

Le fermier M Lefèvre n’avait plus que des bœufs pour travailler ses terres car les allemands avaient réquisitionné les chevaux.

Les animaux de la basse-cour allaient manger dans les champs environnants. Des allemands qui passaient en voiture se sont arrêtés et ont tiré sur les coqs. Ils sont repartis avec.

Les allemands réquisitionnaient des troupeaux de vaches et passaient devant chez nous. Quand elles n’avançaient pas assez vite les allemands les bastonnaient. Les vaches meuglaient. Elles semblaient assoiffées. Elles n’avaient pas eu leur traite et le lait dégoutait des pis.

 

Le jour du 15 Aout, comme nous étions aux vêpres nous avons entendu une fusillade. Grosse  inquiétude !  Cela se passait sur la nationale 10 en face des Truhennes. Le gendarme Jubault réussit à s’échapper dans les bois mais M Chauveau a été pris par les allemands. Son corps fut retrouvé plus tard dans la cour dans l’école rue de la république de Châteaudun sous un tas de charbon.

 

Les fusils avaient été confisqués et comme il n’y avait plus de chasseur, le gibier avait proliféré.

Même les enfants mettaient des collets et un jour un lapin s’est pris dans un, mais par la taille. Il était toujours vivant et se débattait. Ce fut difficile pour nous de le ramener à la maison.

 

Les américains se sont cachés quelques temps, dans le petit bois près du cimetière, aujourd’hui disparu.

Mon père leur avait offert la goutte et ils avaient aimé cela. Ils en voulaient encore et venaient avec des bassines d’essence pour échanger. Comme ils en voulaient toujours plus ils vinrent même avec des jerricans. Nous n’avions pas encore de voiture.

Quand ils sont partis, ils ont laissé des conserves, du café en poudre et autres  nourritures.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Journal d’un enfant de 13 ans en 1944 (Marguerite Sevestre)

 

 

 

 

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