Retour à l’accueil

 

 

 

La Beauce 

 

 

Le plat pays

 

 

 

    Le château de Châteaudun

La cathédrale de Chartres

  Péguy et la cathédrale de Chartres

     Zola et la Beauce

     Les Carnutes

 Les chauffeurs d’Orgères

 La croisade des enfants

    Le terrible hiver 1709

    La demande en mariage (autrefois)

Les loups dans la région

 La louée (embauche)

    Pénel (chansonnier local)

    Grenadou Paysan écrivain

Ded Rysel acteur et scénariste

 

 

S'il existe en France un endroit où Rabelais n'ait pas trempé sa plume dans un fleuve pour raconter comment s'est érigée une montagne, creusé un sillon ou fait un sifflet d'un clocher, qu'on le dise! Ce bénédictin, puis méde­cin, professeur d'anatomie, curé puis écrivain, a mêlé un peu partout sur la terre de France facéties et philosophie de la nature à une morale épicu­rienne qui depuis le XVlème siècle continue de nous séduire et de nous étonner. Incomparable, son imagination se devait de donner naissance à ces géants dont il nous a livré la pittoresque exis­tence en justifiant par leurs actes ou leurs mala­dresses la configuration du sol que l'on connaît. Vivant, concret, virtuose il a construit trois généra­tions de légendaires existences tout au long de ses cinq livres «pantagruel», «Gargantua», «Le tiers livre», «Le quart livre» et le «Cinquième livre».

Grandgousier, Gargantua et pantagruel, d'eux trois, c'est Gargantua qui sévit en Beauce.

Né de Grandgousier et de Gargamelle par l'oreille, dans de bien «estranges» conditions lors d'une partie de campagne de son père, alors que sa mère avait beaucoup mangé, ri et fait la fête, le nouveau-né réclame déjà à boire. Il criait tant et si fort qu'on l'entendit dans toute la Beauce et le Vivarais. Seize aunes de draps ont été nécessaires à la confection de sa seule braguette. Cent peaux de vaches constituaient le cuir de ses souliers.

De ce géant, on prétend qu'il a pissé l'eau de la Seine, aurait décroché les cloches de notre Dame de Paris pour les faire porter à sa jument... Mais avant cela, c'est son voyage pour arriver à Paris qui fit que cette terre s'appela la Beauce.

Comment cela se peut-il?

Entre trois et cinq ans il est élevé selon les pré­ceptes traditionnels mais par la suite est envoyé à Paris compléter son enseignement auprès de Ponocrates. Il en avait bien besoin effectivement, si l'on pense que l'ordinaire de Gargantua était, des plus oisifs. Ponocrates aura donc la lourde tâche de revenir sur ces levers tardifs, et les recommandations de ses professeurs de théologie qui, pour «amuser ses esprits» lui avaient préco­nisé de «se gambader», piaffer et rouler sur son lit avant que de s'habiller. Ces mêmes précepteurs l'avaient même élevé dans l'idée qu'il n'était qu'une perte de temps de se laver (et nous passe­rons sur les diverses éructations, flatulences, bâil­lements qu'il pouvait manifester à l'envie pour se détendre).

On aura bien compris que la faille des premiers résidait dans le manque de retenue que l'on doit exiger de ses boyaux et la carence totale de disci­pline, ce que le deuxième aura pour tâche de radi­calement contrer. Mais laissons à ce passage sa saveur qui ne se goûte qu'à sa lecture.

 

Voilà donc la raison impérieuse de cette migra­tion vers Paris. Bien entendu, il ne s’y rend pas par des moyens dont la banalité aurait étonné dans un tel ouvrage. Il s'y rendit à dos de jument, et pas n'importe quelle jument, la jument envoyée en présent à son père par le roi de Numidie lui-même. La bête, débarquée d'Afrique à Olone, était «grande comme six oriflans, avait les pieds fendus en doigts comme le cheval de Jules César, les oreil­les aussi pendantes comme les chièvres de Languegoth, et une petite corne au cul.» Mais cette jument, pour ce qui nous occupe, avait sur­tout «la queue horrible, car elle était grosse comme la pile Saint-Mars près de Langès.» Quand Grandgousier la vit, il la trouva juste à la mesure de sa mission pour porter son fils jusqu'à Paris.

Et voilà Gargantua -«après boire comme enten­dez»- en route vers «le plat pays». «Ainsi joyeuse­ment passèrent leur grand chemin jusqu'au-dessus d'Orléans». Mais la nature n'était pas telle qu'on la connaît aujourd'hui, et pour cause.

«Dans ce lieu était une grande forêt longue de trente-cinq lieux et large de dix-sept environ. Celle-ci était horriblement fertile et copieuse en mouches bovines et frelons, de sorte que c'était une vraie briganderie pour les pauvres juments,

ânes et chevaux. Mais la jument de Gargantua vengea honnêtement tous les outrages perpétrés sur les bêtes de son espèce par un tour duquel ils ne se doutaient pas. Car soudain, une fois entrée dans la dite forêt, et dès que les frelons lui eurent donné l'assaut, elle dégaina sa queue et si bien s'escarmouchant les émoucha si radicalement qu'elle en abattit tout le bois. A tort et à travers, de ci, de là, par-ci par-là, de long, de large, dessus, dessous, comme un faucheur en fait de l'herbe, de telle façon qu'il ne resta ni frelons, ni bois, et que tout le pays fut rendu en campagne.

Voyant cela, Gargantua y prit grand plaisir et dit à ses gens: «Je trouve beau ce !»

Donc fut depuis appelé ce pays la Beauce.» Si de Gargantua la Beauce hérita ainsi son nom, il ne manqua pas non plus d'y laisser ça et là la trace de son passage. Ainsi, on trouve à travers l'Eure-et-Loir également un «palet de Gargantua» à Alluyes, un autre encore au nord de Bonneval qui est un demi-dolmen et un menhir du nom de «Quillette de Gargantua». Au-dessus de Gallardon, on peut voir les ruines d'une tour qui n'est autre que 1'«Epaule de Gargantua», et là, un dolmen et un menhir près de Montlouet, un autre à Langey qui sont ses «palets». En continuant encore le tour du département, on trouve à Changé le «But de Gargantua», un menhir qui se trouve près de Maintenon, ainsi que d'autres de ses Palets qui se sont couchés. Et le Palet de Gargantua à Nottonville ? Et celui de Tallevoisin ? A Toury, on parle également de la Pierre de Gargantua qui serait un gravier échappé de sa chaussure alors qu'il se rendait à Orléans.

 

Les dents de la Beauce

En 1848, on a découvert à st Prest, dans la Beauce chartraine, plus de cinquante dents de mammouth. Ces restes fossiles de grande taille sont présentés au Muséum de Chartres. Il s’agit du « mammouth Méridionalis », l’un des plus anciens connus des spécialistes. Le site de st Prest est une grande richesse.

 

 

 

                                                                                                                                                                                                                                   Tiré en partie de l’almanach Beauceron 2010