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Le terrible hiver 1709

 

 

A travers quelques témoignages des curés des paroisses de la région. Les seuls témoignages qui sont parvenus jusqu'à nous. Nous pouvons imaginer ce que fut l'hiver 1709. Alors que l'hiver 1708 avait été doux, il en fut autrement pour l'hiver suivant provoquant la mort par milliers. L'ampleur des conséquences de ce froid est difficilement imaginable. Il est cependant possible de se l'imaginer en comparant le nombre d'inhumation dans les paroisses en 1707 et 1708 avec le nombre en 1709 et 1710. Partout ou presque une augmentation est constatée. +16% à Vichères par exemple, mais +113% à Langey. Généralement, l'augmentation du nombre de décès avoisine les 40% comme pour la paroisse Saint-Jean à Châteaudun (+41%) ou pour la paroisse Notre-Dame de Bonneval (+35%). C'est bien une gigantesque catastrophe qu'à connu la région, et au delà toute la France en 1709.

 

 

Fontaine-Raoul : "les trois quart des oiseaux sont péris"
L'hiver 1709 est resté dans les mémoires de l'ensemble de la population de la région qui vivait à cette époque là. Un terrible hiver qui commença le 6 janvier et qui dura deux mois. Le prêtre de Fontaine-Raoul de l'époque par exemple a décrit la situation des oiseaux, de la végétation ou encore de ses ouailles. "Au moins les trois quart des oiseaux sont péris par la rigueur du froid, principalement les merles dont il n'est presque pas resté". Coté arbres, je le cite de nouveau "Tous les noyers, les châtaigniers, la moitié des autres arbres fruitiers et des chênes sont morts par la force de la gelée. Les blés et orges ont tellement souffert que dans cette paroisse, il n'a été cueilli que cinquante boisseaux de blé rouillé dont j'en ai eu deux et demi pour la dîme".
Le prix du blé a connu des valeurs jusque là inconnue, "25 livres le setier, mesure de châteaudun" à partir d'avril et jusqu'à septembre ou il est "monté jusqu'à 40 et 42 livres". Ce froid et ces gelées ont provoqué la famine dans la région. Le curé Broussin ajoute dans le registre paroissial de Fontaine-Raoul qu'il supplie Dieu de ne plus être confronté à un tel déchaînement des éléments, "un châtiment de sa part, nous ayant privé tout à la fois de blé, de vin, de fruits...".

Chapelle-Royale : "les blés ont gelé"
Les prix indiqué par le prêtre de la paroisse dans ses registres ne nous donnent pas vraiment une idée de la chèreté de la période, toutefois, le fait de l'avoir mis en note indique bien que c'est un fait exceptionnel qui s'est produit cette année là. "Le blé a valu, le septier, mesure de Brou, 80 livres au mois de Juillet ; l’orge, au temps des semences : 40 livres le septier ; le vin : 100 livres le poinçon ; le cidre : 30 livres".

 

Le Gault-en-Beauce : "trop d’exercice aux curés"
Confirmation de ce terrible hiver avec le registre du curé du Gault-en-Beauce (aujourd'hui le Gault-Saint-Denis). "L’hiver fut si rude, la gelée si forte et les faux dégels si fréquents que les blés, les vignes, les arbres furent gelés jusqu à la racine et perdus entièrement". Lui aussi parle des prix "la livre de pain valant à Paris 6 sols". Il précise aussi que l'année suivante de nombreuses personnes sont mortes "Il mourut au Gault-en-Beauce trente grandes personnes, sans compter les enfants et les pauvres étrangers" et ajoute que les trois quarts des habitants de la paroisse furent malades de "maladies contagieuses" et conclut : "Jugez quelles furent les peines et les exercices du curé, alors seul et sans vicaire".

Autheuil

En 1707, déjà, il du y avoir une épidémie car dans le hameau de Teillay, il y eut 5 décès en 10 jours.

En 1709, la commune d’Autheuil a enterré 18 personnes.

Le curé de la paroisse n’a pas fait état de la température de cette année exceptionnelle comme d’autres l’on fait dans leur commune.

 

 

La famine et la pauvreté ravagent la région
Ce froid fut constaté dans toute la France et en particulier dans toute la région Centre. A la suite de ces gelées quasiment sans précédent la famine règne partout : "Un ecclésiastique, qui a voulu être témoin oculaire de ce qu’on disait, écrit de Blois, du 5 mai, qu’il a trouvé, en passant par Étampes et par Angerville, quatre cents pauvres"... Un autre témoignage ajoute "Sans parler d’Illiers et des environs de Chartres, où il est déjà mort plus de trois cents personnes de faim", dan le Vendômois, on écrit de Montoire, "du mois d’avril, qu’outre les extrémités qu’on souffre là comme ailleurs, le désespoir a rendu le brigandage si commun que personne ne s’en croit à couvert ; que depuis peu huit hommes ont massacré une femme pour avoir un pain qu’elle portait, et qu’un homme, pour défendre le sien, en a tué un autre qui venait le lui prendre..." Un autre témoin "J'ai parcouru depuis trois semaines la Beauce, le Blésois, la Touraine, le Chartrain et le Vendômois. Dans la plupart des villes et villages, on y meurt à tas, on les enterre trois à trois, quatre à quatre, et on les trouve morts ou mourants dans les jardins et sur les chemins. Entrant aujourd’hui à Vendôme, j’ai été assiégé par cinq ou six cents pauvres, qui ont les visages cousus et livides, les viandes horribles dont il se nourrissent produisant sur leurs visages un limon qui les défigure étrangement. Dans les faubourgs de cette ville, on voit des gens couchés par terre qui expirent sur le pavé, n’ayant pas même de la paille pour mettre sous leur tête, ni un morceau de pain". "Le Perche est en pareille misère, car, dans la seule ville de Mortagne et dans la banlieue, on y compte plus de quinze mille pauvres, dont grand nombre meurt tous les jours, et le curé de Saint-Victor, entre autres, va ramasser leurs corps le long des haies". Voici, sur le même sujet, un autre document d'époque : "Le 5 janvier 1709, à cinq heures du soir, il tomba de l’eau; le lendemain, jour des Rois, au matin, il y avait un pied de neige ; enfin un froid si furieux et rude que l’on n’en a jamais senti un pareil, qui a continué jusqu’au vingt-cinquième jour de la Conversion de saint Paul ; en sorte que la mer, le Tibre, le Danube, le Rhin, et toutes les rivières et fleuves à flux et reflux ont été glacés plus de 12 à 15 pieds de haut, et en les endroits les moins creux tout le poisson était gelé".

 

 

Voici tout juste trois siècles, la France subissait un hiver d’une rigueur exceptionnelle. Dans tout le royaume, il gela à pierre fendre. La Seine fut prise par les glaces et le Rhône charria des glaçons sur plusieurs mètres de hauteur. La terre glacée causa la perte de la totalité des récoltes de l’année. Remarquable par l’intensité extraordinaire du froid et surtout  par sa durée, cet hiver eut également des effets désastreux sur l’homme, les animaux et les arbres. Mendiants et brigands sévirent en bandes organisées obligeant la troupe à intervenir… Le Vendômois ne fut pas épargné.

 

Une dure épreuve
Cette année-là, en effet, notre région subit, elle aussi, tous les malheurs occasionnés par ce terrible hiver, sans doute le plus désastreux de tous ceux connus jusqu’à nos jours.

 Hiver 1987 - Porte St Georges

Cela commença le 6 janvier pour se terminer à la fin mars, alternant gels et dégels qui firent périr  les céréales et tous les arbres fruitiers ou non. Cet hiver, d’une intensité extrême, fut bientôt suivi d’une épouvantable famine. Pour survivre, « le peu de blé encore disponible fut mélangé au chiendent ; on mangea du pain de fougère mélangé à de l’avoine ou du son ; on dévora diverses racines bouillies ; on se nourrit de potages faits avec du gui et des orties. Les fossés, le long des chemins, étaient jonchés de cadavres morts de faim…».
Par recoupement des différents documents locaux consultés, nous pouvons reconstituer, pour notre Vendômois, cette mémorable période hivernale : la gelée prit donc subitement dans la nuit du 5 au 6 janvier avec « une intensité dont on n’avait pas d’autres exemples de mémoire d’homme ». Cette vague de froid dura trois semaines soit jusqu’au 27 janvier environ. Les températures les plus basses furent signalées  les 13 et 14 de ce mois causant de nombreux décès comme cette inhumation à Saint-Bienheuré « d’un enfant de huit ans trouvé mort de la gelée au Poirier-Rondeau proche le Bois-la-Barbe ».
Puis vint le redoux engendrant un dégel provisoire jusqu’au 9 février (samedi du Carnaval) date à laquelle reprit le froid «qui sévit avec la même rigueur jusqu’à la fin du mois», soit encore trois longues  semaines. En fait, cette seconde période ne semble pas aussi rude que la première, du moins à Paris, si l’on en croit le savant Arago.
Un retour offensif du froid se fit encore sentir du 10 au 15 mars accompagné cette fois de chutes de neige, apparemment les premières signalées. En effet, si dès le 6 janvier au matin, le pays chartrain fut recouvert par un manteau neigeux d’une trentaine de centimètres, aucun texte n’indique ni ne confirme ce fait pour notre ville. Mais on peut toutefois penser qu’il en fut bien ainsi.
 Enfin, des gelées tardives, fin avril et début mai, ravagèrent définitivement les vignes.
À Vendôme, les températures oscillèrent vraisemblablement entre – 15° et – 20° la plupart du temps si l’on se réfère aux historiens du climat, car aucun relevé ne semble avoir été effectué dans notre pays ou du moins n’est mentionné dans les archives. Bien que le thermomètre à alcool de Mariani (1654) existât déjà, mais peu fiable et surtout peu usité, il faudra attendre celui de Réaumur, en 1740, pour obtenir des résultats plus probants.

Un précieux témoignage
C’est celui du curé Maignan de la paroisse Saint-Bienheuré : « Dans cette année 1709 est arrivé un hiver terrible qui a gelé tous les blés de ce pays. Tous les grands noyers et une grande quantité d’arbres fruitiers, poiriers, pommiers, amandiers, abricotiers, pêchers sont morts, de telle sorte que les vignes ont été aussi gelées jusque dans les racines et regelées au printemps, ce qui a fait une cherté universelle des blés, du vin et des fruits… Quantité de puits furent gelés même… Par arrêt des Messieurs du Parlement des aumônes générales furent faites pour soulager les indigents…Au dégel est mort quantité de personnes et même de personnes qui n’avaient point souffert de disette, plus à proportion de riches que de pauvres… ».
Les conséquences immédiates et celles qui suivirent furent effectivement des plus calamiteuses. Toujours selon le curé Maignan, les récoltes de 1708 étant déjà nettement insuffisantes pour couvrir les besoins de l’année présente (1709), la misère apparut aussitôt. Tous les cours d’eau étant gelés, les moulins s’arrêtèrent de tourner et la farine vint à manquer. Le prix des céréales doubla du 1er  février au 14 avril ; le pain de neuf livres passa de 8 sous à 23 sous, soit trois fois plus ; le 15 juin, il était à 35 sous. D’une façon générale, tous les prix indiqués dans les diverses chroniques augmentèrent du double au quintuple.

 

  

 

 

Une famine sans précédent
Sur l’ensemble de la France et dans la région en particulier, la famine sévit principalement de juillet 1709 à juillet 1710 et la mortalité fut effarante. Dans la plupart des villes et villages, on «y meurt  en tas ; on les enterre trois à trois, quatre à quatre ; on trouve les morts dans les jardins et sur les chemins ; les animaux meurent dans les étables».
Concernant le pays chartrain et le Vendômois, le Nouvel advis important sur les misères du temps (imprimé à Paris en 1709/1710), rapporte
: « …Sans parler d’Illiers et des environs de Chartres, où il est déjà mort plus de trois cents personnes de faim, du Vendômois, on écrit de Montoire, du mois d’avril (1710) qu’outre les extrémités qu’on souffre là comme ailleurs, le désespoir a rendu le brigandage si commun que personne ne s’en croit couvert ; que depuis peu, huit hommes ont massacré une femme pour avoir un pain qu’elle portait et qu’un homme pour défendre le sien, en a tué un autre qui venait le lui prendre, et que, sur les grands chemins, il y a des gens masqués qui volent…».
Autre témoignage, un ecclésiastique d’une paroisse de Paris, écrit à son tour, le 10 mai 1710 : « …J’ai parcouru depuis trois semaines la Beauce, le Blésois, la Touraine, le Chartrain et le Vendômois… Entrant aujourd’hui à Vendôme, j’ai été assiégé par cinq à six cents pauvres qui ont les visages livides… Dans les faubourg de cette ville, on voit des gens couchés par terre qui expirent ainsi sur le pavé, n’ayant pas même de la paille pour mettre sous leur tête, ni un morceau de pain…».

Hiver 1987 - Le Loir déversoir

 

En Bas-Vendômois
À Montoire, le froid commença à se manifester le jour des Rois, tout comme à Vendôme d’ailleurs, sur les 6 ou 7 heures du matin. Il fut « si brusque qu’il surprit tout le monde et si intense pendant dix- sept jours que l’on ne pouvait  s’échauffer ni jour ni nuit. Les blés et froments gelèrent de telle sorte qu’il ne resta rien dans les champs. Les vignes gelèrent jusqu’à deux ou trois doigts sous terre malgré la neige. Les noyers et les amandiers (alors très nombreux dans la région) gelèrent jusqu’à la racine, de même tous les poiriers, les pommiers et les guigniers…La rivière (le Loir) gela sur près de quatre pieds d’épaisseur… » Ce dernier chiffre est manifestement exagéré car cela correspondrait à plus de 1,20 m de glace ; à l’inverse, faut-il comprendre quatre pouces auquel cas nous n’aurions plus que 10 centimètres de glace ; plus raisonnablement, par – 20°, l’épaisseur  moyenne peut tourner autour de 30 centimètres.
Du côté de Tréhet, le constat est le même… « Mais jamais il n’y eut tant d’impôts ni jamais tant de vols ».
Quant aux Hayes, selon le curé, « le gel des noyers, des châtaigniers et des arbres fruitiers causa une perte encore plus importante que ne le fût la disette des grains ».

À cette catastrophe naturelle devait s’ajouter la guerre de succession d’Espagne (1701-1714) qui entraîna un surcroît d’impôts et de taxes. Le 11 septembre 1709, la bataille de Malpaquet contre les coalisés (Anglais-Autrichiens), à elle seule, provoquait dix mille morts supplémentaires. Les populations  ne pouvant plus faire face, de nombreuses révoltes éclatèrent un peu partout en France.

Jean-Claude Pasquier


Sources : Bulletins de la Société archéologique du Vendômois (années 1874 – 1883 – 1898) ; Bulletin n° 13 du Bas-Vendômois ; archives personnelles (locales et départementales). Photographies : hiver 1987 à Vendôme (collection G. Soyer).

Article paru dans Le Petit Vendômois de Janvier 2009

Hiver 1987 - Le Loir en avant de la Porte d'Eau

 

La banquise sur la Loire

Pendant l’hiver de 1788-89, la glace formait des banquises de dix mètres de hauteur au-dessus des levées de la Loire. En 1895 une semblable banquise s’étendait de Chécy jusqu’à Briare. A Toirs quatre arches du nouveau pont furent enlevées. La débâcle causait de graves dégâts.  En 1856 le niveau des eaux dans le Val d’Orléans atteignit plus de sept mètres, d’où une inondation désastreuse.

 

Autre catastrophe : la Beauce inondée

Lors de l’hiver 1878-1879, d’importantes chutes de neige sont tombées sur l’Eure et Loir et sur le Loiret.

Lorsque la neige a fondu, le pays des plaines s’est retrouvé envahi par les eaux. Ainsi, dans le canton de Voves, de vastes étangs ont fait leur apparition, recouvrant les terres cultivables.

En janvier 1980, le phénomène s’était accru. De Theuville à Voves et au-delà, une immense nappe d’eau s’était formé, s’écoulant vers le Loir pour s’y déverser à Alluyes. Un mois plus tard, l’eau est tellement montée qu’une ferme située non loin de Voves, en a été inondée sous plus d’un mètre d’eau. Un pan de murbattu par les flots s’est écroulé.

A Châteaudun, de tous côtés et dans les campagnes environnantes, on n’a plus compté les éboulements et excavations. Dans la ville, une partie des fortifications reliant la porte d’Abas au château s’effondra le 8 février 1879. Sur une vingtaine de mètres, 450 m3 de pierres ont chuté dans les jardins situés en contrebas. Dont un bloc de 15 m3 !

 

 

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