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PÉNEL (1854-1932)

 

Chansonnier

Victor-Eugène Debrée vit le jour le 27 juillet 1854 à La Ferté-Villeneuil (Eure-et-Loir) au foyer de Pierre Constant Debrée et Victoire Robillard, son épouse, marchands merciers et épiciers en ce bourg rural du canton de Cloyes. Il était issu d'une famille de sept enfants dont quatre décédèrent en bas âge.

Le jeune Victor dut apprendre à lire et à écrire, avant d'être embauché très jeune dans les fermes du voisinage.

En 1875, il était encore charretier dans son village natal lorsqu'il épousa Rose Dubut, domestique à Marboué, fille d'Alexandre Sébastien Dubut, charron, alors détenu à Avignon après avoir été condamné par la Cour d'Assises d'Eure-et-Loir, le 13 décembre 1871, à la peine des travaux forcés à perpétuité.

En 1876, Victor se fit recenser comme journalier à la Chapelle-du-Noyer, mais il changea radicalement de métier après cette date puisqu'on le retrouve marchand-colporteur à Charray en 1879, et enfin brocanteur au Mée en 1881. Pour son commerce, Pénel (c'est ainsi qu'on l'avait surnommé) participait à toutes les fêtes, louées et assemblées de la région dunoise assisté de son épouse qui s'occupait de la vente des confiseries, des loteries et des jeux.

« La vivacité de son esprit et la sûreté de ses répliques lui gagnèrent l'estime du public. Bonimenteur de foire, il avait l'habitude l’interpeller les paysannes venues au marché ou les gamins voulant jouer à sa loterie. Finalement, il devenait une des attractions de la fête!...A la foule groupée autour de son étalage, Pénel prenait plaisir à chanter quelques-unes de ses dernières compositions » (Christian Porcher).

Car notre colporteur s'était hissé au rang de vedette locale avec des chansons caustiques, souvent à caractère revendicatif, qui stigmatisaient notamment le sort des « malheureux ouvriers agricoles » en proie à la cupidité des « riches propriétaires » , traduisant une connaissance personnelle de la situation. On se doute que son auditoire des campagnes était réceptif à ses couplets contestataires, et les ouvriers ne manquaient pas de les entonner à la première occasion, et de se passer les cahiers compilant de tels écrits!

Plusieurs de ses chansons évoquaient aussi des faits-divers de la vie quotidienne, des situations incongrues

etc... Nous en reprendrons des extraits un peu plus loin.

A une époque indéterminée, Pénel se mit à la réparation des parapluies et organisa avec succès des tournées de ramassage de ces objets endommagés, à tel point que les gens prirent l'habitude de désigner le parapluie du nom de « pénel », appellation dont les anciens de la région se souviennent encore. Les commandes augmentant, le réparateur, doté d'un petit pécule, décida d'ouvrir une boutique à Châteaudun, rue Porte-d'Abas. C'était en 1904. Puis l'ouvrage affluant, il s'installa en 1907, 2, rue Nationale, aujourd'hui rue du Maréchal Lyautey, et fit imprimer à cette occasion, un prospectus destiné à sa clientèle :

« Chers clients des villages

« Je ne puis régulièrement

« Pour avoir votre ouvrage

« Aller vous voir souvent.

« Veuillez donc m'envoyer

« Et par n'importe qui

« Ce qu'il faut réparer

« En fait de parapluies.

« Toutes les commissions

« Par moi seront payées

« Sans que les réparations

« En soient plus augmentées

« Et si vous avez besoin

« D'un pépin à crédit,

« Je vous connais très bien,

« N'êtes-vous pas mes amis? (…)

»

 

 

Signé: Pénel le Fou.

 

 

Pénel avait trouvé pour sa nouvelle boutique une enseigne appropriée: « Au pauvre Morainville », en souvenir du célèbre chansonnier, mort à Chartres en 1851, qui comme lui courut les foires du département en y déclamant des couplets de sa composition accompagné d'un violon.

 

Dans les annonces de la presse locale, il usait même de ce « slogan » publicitaire:

« Au Pauvre Morainville

« Qui n'a rien amassé

« Apportez tous en ville

« Vos parapluies cassés.

 

Aux alentours de la Première Guerre Mondiale, Pénel se vit confier l'emploi de tambour de ville à Châteaudun.

Après avoir fait ses annonces légales, il agrémenta la sortie de ces trois vers inspirés:

« Payez donc, pauvres mercenaires

« Pour acheter des fourrures

« Aux femmes des fonctionnaires...

 

Le succès auprès de la population fut immédiat...mais le maire outragé le congédia le lendemain!

 

En 1923, Pénel et son épouse céderont leur fonds pour une somme modique et se retireront au lieudit: « La Croix-Vadé », écart de Châteaudun. Tombés dans la pauvreté, ils vécurent alors de petits travaux et de la générosité de quelques familles charitables.

 

Très connu dans la contrée comme amateur de vieilles pierres (vieux silex, fossiles etc...), Pénel amassa une riche collection qu'il légua en 1925 à son ami Henri Lecesne, l'un des fondateurs de la Société Dunoise, lequel en fit don au Musée de Châteaudun. Pénel peut donc être cité au nombre des archéologues locaux.

 

Malade, il mourut chez lui le 7 juillet 1932 âgé de 78 ans, laissant le souvenir « d'un homme courageux, patriote, passionnément libre et bon vivant, quoiqu'un peu amer d'être réduit au rôle d'amuseur aux yeux de trop de ses compatriotes ».

 

Certaines de ses chansons ont été imprimées chez H. Chartier à Vendôme. En voici quelques extraits: la première, toujours d'actualité, s'en prend aux promesses non tenues des hommes politiques...

 

Totore s'en f... (sur l'air de Raymonde).

 

« Tout' la foule était ravie,

« On d'vait fair' baisser la vie

« Et déposer sans façons

« Les mercantis en prison.

« Au lieu d'aller à la baisse,

« Les prix montèrent en vitesse

« Tout d'même on vit un beau soir

« Baisser... le réservoir.

 

 

Refrain

 

 

« Totore, Totore,

« Il en rigole encore,

« Totore, Totore,

« N'y croyait pas du tout.

« Totore, Totore,

« Si le marchand majore

« Le prix du filet de porc,

« Totore... s'en fout.

 

 

« La morale de cette histoire

« Est qu'il ne faut jamais croire

« Les bobards des candidats

« Puisqu'eux-mêmes n'y croient pas »

 

Le second texte aborde le problème des trains qui n'arrivent jamais à l'heure!

Folle complainte dédiée au passage à niveau de la rue d'Orléans.

 

(Air: Ah! Mes enfants...)

 

Le Garde barrière:

« J'vais ouvrir dans un moment

« Car le train de Paris

« Va passer je vous l'dis

« Dans ¾ d'heures d'ici

« Je n'puis être plus précis.

« Oui mes enfants

« L'express de Courtalain

« On l'attend d'puis c'matin

« Et celui d'Orléans

« Ça c'est très surprenant

« Ah! Mes enfants.

« Celui qui vient de Tours

« Nous a joué un sale tour,

« Depuis bientôt deux jours

« Nous l'attendons toujours

« Ah! Mes enfants

« Quant à celui de Lutz

« Ah quel huluberlu,

« Depuis trente heures et plus

« On n'la pas encore vu

« Ah! Mes enfants ».

 

La dernière chanson que nous avons choisie moque l'absence d'un mobilier pourtant bien commode dans nos villes.

 

Les monuments oubliés

(Air: Mon Paris).

« Il y a trente ans dans la ville

« On pouvait trouver un peu partout

« Des édifices fort utiles

« Pour déverser... tout ça dans les égouts.

« Quand on avait trop bu de bocks de bière

« Ou d'apéritifs au Café Français

« De p'tit's cabin's hospitalières

« Rec'vaient l'trop plein de nos excès.

Refrain

« Ah qu'elle était belle ma p'tit' ville,

« Châteaudun au bord du Loir.

« On y vivotait bien tranquille,

« On y trouvait des urinoirs.

« Mais d'puis l'Ad-mi-nis-tra-tion

« Décida leur suppression.

« Faut donc prendr' ses précautions,

« Quand on a bu un coup d'trop

« D'anis ou bien de pernod,

« Faut mettr' ça chez soi dans un pot.

« Ah qu'elle était bell' ma p'tit' ville.

« Châteaudun au bord du Loir ».

 

 

Sources:

- Christian Porcher: « Victor Debrée, dit Pénel, marchand de parapluies et chansonnier (1854-1932) », in

« Bulletin de la Société Dunoise », N° 274, année 1984,pp 5-15.

- Médiathèque de Chartres – Fonds Jusselin.

 

Mes sources : Souaton N° 114 du cercle de généalogie du Perche Gouet    http://www.perche-gouet.net/

 

 

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