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Zola et la Beauce

 

 

La terre

 Roman de Zola écrit inspiré par Romilly sur Aigre village voisin d’Autheuil

 

A la fin du XIXe siè­cle les romanciers naturalistes vont en repérage sur le terrain, l'objectif étant de crédibiliser leur pro­pos. Avant d'écrire «jack»Alphonse Daudet visita une usine sur la Loire. De même Emile Zola n'entreprend «la Terre» quinzième opus de la série les Rougon­Macquart qu'après s'être rendu sur les lieux. L'ouvrage a pour cadre le Dunois, plus particulièrement le can­ton de Cloyes. En février 1886, l'auteur effectue un périple beauceron de six jours. Zola commence par visiter la cathédrale de Chartres qu'il trouve «vide un peu aban­donnée, trop grande, l'air en ruine, glaciale et noire». Un regard pas vraiment objectif. Mais il n'est pas là pour écrire un roman mystique. Ce n'est pas son genre. Ce qui l'intéresse c'est le monde paysan. Il se rend donc à Cloyes et dans les environs, visite le mar­ché du bourg, engrange les impressions, mémorise les paysages, les visages, étudie la façon de vivre des autochtones. Mais si ceux-ci pourront retrouver dans le roman des descriptions à peu près exac­tes de leur pays, il n'en n'ira pas de même pour le vocabulaire, les expressions utilisées, ni l'évocation de mœurs licencieuses qui n'ont rien à voir avec celles du pays. Zola s'inspire d'ailleurs d'un fait divers étranger au pays Dunois, un crime sordide perpétré sur fond d'avarice. Reste les descriptions des lieux, lesquels obéis­sent aux canons du genre naturaliste. Le futur héros de la cause Dreyfusarde se montre économe de moyens, usant d'une langue volontairement simplifiée à l'opposé du lyrisme littéraire. Le vil­lage de Romilly-sur-Aigre devient Rognes «bâti sur la pente, quel­ques toitures seules étant en vue, au pied de l'église, qui dressait en haut son clocher de pierres grises(...) Et du côté de l'Est, au-delà de la vallée du Loir, où se cachait(..) Cloyes, le chef-lieu de canton, se profilaient les lointains coteaux du Perche.. ». Paru en feuille­ton comme c'était l'usage à cette époque, puis en libraire fin 1887, "La Terre» connut un certain succès comme l'œuvre fleuve des Rougon. Aujourd'hui le roman comme le passage de l'écrivain permettent de mieux faire connaître ce petit coin de Beauce.

 

 

 

 

 

C'est à Rognes (Romilly-sur-Aigre), petit village de la Beauce, que se situe la majeure partie de l'action du roman La Terre d'Émile Zola. Ses belles descriptions sont toujours d'actua­lité. Tantôt souriante, tantôt austère, selon les sai­sons, la Beauce est pareille à un océan toujours changeant. Elle ne laisse pas indifférent. Voici un extrait des pages que Zola lui consacre. Sa méthode littéraire 'naturaliste' apparaît ici dans toute son évidence. Pour lui, la littérature doit véhiculer la connaissance, aussi s'efforce-t-il de donner des fondements scientifiques à ce qu'il écrit, quitte à rompre avec le poétique, et surtout, bien sûr, avec le romantisme de ses prédécesseurs. Dans le texte qui suit, il n'hésite pas, par exemple, à parler d'assolement triennal.

« Le jour avait grandi, un vent glacé poussait dans le ciel pâle des vols continus de gros nuages; et la Beauce, flagellée, s'étendait, d'une tristesse morne. Aucun d'eux, du reste, ne semblait sentir ce souffle du large, gonflant les blouses, menaçant d'emporter les chapeaux. Les cinq, endimanchés pour la gravité de la circonstance, ne parlaient plus. Au bord de ce champ, au milieu de l'étendue sans bornes, ils avaient la face rêveuse et figée, la songerie des matelots, qui vivent seuls, par les grands espaces. cette Beauce plate, fertile, d'une culture aisée, mais demandant un effort continu, a fait le Beauceron froid et réfléchi, n'ayant d'autre passion que la terre.

Le Perche et la Beauce, et à la lisière même de celle-ci, à cet endroit où les terres moins fertiles lui font donner le nom de Beauce pouilleuse. Lorsque Jean fut au bout du champ, il s'arrêta encore, jeta un coup d'œil en bas, le long du ruisseau de l'Aigre, vif et clair à travers les herbages, et que suivait la route de Cloyes, sillonnée ce samedi-là par les car­rioles des paysans allant au marché. Puis il remonta.

Et toujours du même pas, avec le même geste, il allait au nord, il revenait au midi, enveloppé dans la poussière vivante du grain; pendant que, der­rière, la herse, sous les claquements du fouet, enterrait les germes, du même train doux et comme réfléchi.

De longues pluies venaient de retarder les semailles d'automne; on avait encore fumé en août, et les labours étaient prêts depuis longtemps, profonds, nettoyés des herbes salissan­tes, bons à redonner du blé, après le trèfle et l'avoine de l'assolement triennal.

Aussi la peur des gelées prochaines, menaçantes à la suite de ces déluges faisaient-elles se hâter les cultivateurs. Le temps s'était mis brusquement au froid, un temps couleur de suie, sans un souffle de vent, d'une lumière égale et morne sur cet océan de terre immobile. De toutes parts, on semait: il y avait un autre semeur à gauche, à trois cents mètres, un autre plus loin, vers la droite; et d'autres, d'autres encore s'enfonçaient en face, dans la perspective fuyante des terrains plats. C'étaient de petites silhouettes noires, de simples traits de plus en plus minces, qui se perdaient à des lieues. Mais tous avaient le geste, l'envolée de la semence, que l'on devinait comme une onde de vie autour d'eux. La plaine en prenait un frisson, jusque dans les loin­tains noyés, où les semeurs épars ne se voyaient plus. »

Zola a expliqué la méthode de travail utilisée par lui, notamment pour découvrir la Beauce, la com­prendre ainsi que ses habitants, et écrire son roman La Terre: « Voici comment je fais un roman. Je ne le fais pas précisément, je le laisse se faire de lui-même. Je ne sais pas inventer des faits ce genre d'imagination me manque absolument. Si je me mets à ma table pour chercher une intrigue, un canevas quelconque de roman, j'y reste trois jours à me creuser la cervelle, la tête dans les mains, j'y perds mon latin et je n'arrive à rien. C'est pourquoi j'ai pris le parti de ne jamais m'occuper du sujet. Je commence à travailler à mon roman, sans savoir ni quels événements s'y dérouleront, ni quels personnages y prendront part, ni quels en seront le commencement et la fin. Je connais seu­lement mon personnage principal, mon Rougon ou mon Macquart, homme ou femme, et c'est une vieille connaissance. Je m'occupe seulement de lui, je médite sur son tempérament, sur la famille où il est né, sur ses premières impressions et sur la classe où j'ai résolu de le faire vivre. C'est là mon occupation la plus importante: étudier les gens avec qui ce personnage aura affaire, les lieux où il devra vivre, l'air qu'il devra respirer, sa profession, ses habitudes, jusqu'aux plus insignifiantes occupa­tions auxquelles il consacrera ses moments per­dus.

 

 

 

 

La Terre est un roman d’Émile Zola publié en 1887, le quinzième volume de la série des Rougon-Macquart.

Sans doute l’un des plus violents, Zola y dresse en effet un portrait féroce du monde paysan de la fin du XIXe siècle, âpre au gain, dévoré d’une passion pour la terre qui peut aller jusqu’au crime. Tout l’ouvrage est empreint d’une bestialité propre à choquer les lecteurs de l’époque, les accouplements d’animaux alternant avec ceux des humains, eux-mêmes marqués par une grande précocité et par une brutalité allant fréquemment jusqu’au viol. Dès sa parution, la Terre a soulevé de violentes controverses, illustrées notamment par le Manifeste des cinq, article publié dans le Figaro par cinq jeunes romanciers qui conseillaient à Zola de consulter Charcot pour soigner ses obsessions morbides.

 

Résumé

L’action se situe à Rognes (Romilly-sur-Aigre), village de la Beauce. Le héros du roman est Jean Macquart, fils d’Antoine Macquart et de Joséphine Gévaudan, l’un des rares membres de la branche Macquart indemne de toute tare. Il apparaît déjà dans la Fortune des Rougon, où il apprend le métier de menuisier. Après avoir quitté Plassans, sa ville natale, il est tiré au sort en 1852 et participe aux campagnes militaires du Second Empire. Blessé en Italie, il reprend son métier de menuisier puis s’embauche comme ouvrier agricole à Rognes, où il reste pendant dix ans. Jean Macquart sera ensuite le héros de la Débâcle, on le retrouve encore dans le dernier roman du cycle, le Docteur Pascal.

L’histoire, particulièrement atroce, se déroule au sein de la famille Fouan. Le vieux Louis Fouan, dit le père Fouan, décide à l’âge de 70 ans de partager ses biens entre ses trois enfants : Hyacinthe, dit Jésus-Christ, Fanny, mariée, et Buteau.
À charge pour eux de l’héberger, de le nourrir et de lui donner deux cents francs de rente chacun. Ils s’acquittent très mal de leur tâche, notamment Buteau, qui le dépossède peu à peu de sa maigre fortune. Buteau possède deux cousines, les sœurs Mouche. Il a fait un enfant à la première, Lise, qu’il a épousée trois ans plus tard lorsqu’elle est devenue une riche héritière. Quant à la seconde, Françoise, il la poursuit de ses avances avec tant d’insistance qu’elle se rapproche de Jean Macquart et finit par l’épouser. Ce mariage inquiète beaucoup Buteau et Lise, qui redoutent de voir une partie de l’héritage familial passer dans d’autres mains. Lorsqu’ils apprennent que Françoise est enceinte, ils décident de la faire avorter : Buteau viole Françoise avec l’aide de Lise, puis celle-ci pousse sa sœur sur une faux. Grièvement blessée, Françoise meurt. Le père Fouan, qui a assisté à la scène, est ensuite brûlé par les deux meurtriers. Quant à Jean Macquart, redevenu aussi pauvre qu’à son arrivée au village, il quitte Rognes et se rengage dans l’armée.

 

 

                                                                                                                                                     

 

 

 

 

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