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Un mode d’embauche d’autrefois  « La Louée »

 

 

Assemblées où, à dates convenues, les domestiques et les employeurs se rencontraient pour se renouveler les contrats d’embauche et en débattre les conditions.

L‘année se divisait en deux temps inégaux l’un de quatre mois, l’autre de huit mois. Les louées d’été, à la fin du printemps, avaient lieu à la saint Barnabé (11juin) ou le lundi de Pentecôte. Celles d’hiver, au début de l’automne, se déroulaient à la saint-Michel (29 septembre), à la Toussaint ou la Saint-Martin (11 novembre). Les gages des quatre mois de beau temps équivalaient à ceux des huit mois de grisaille et de froid. Un ouvrier agricole gagnait donc deux fois plus à la belle période. Les raisons en étaient évidentes : les journées d’été, réglées sur le soleil, doublaient le nombre d’heures ; par ailleurs, les travaux estivaux étaient plus pénibles que les besognes hivernales. Le terme de « calvaniers » allait de la Saint-

Jean à la Sainte-Croix (14 septembre). Sur la louée, le saisonnier énumérait les places qu’il avait faites auparavant, les endroits où il n’avait laissé que de bons souvenirs. En réponse, le fermier vantait

les avantages qu’il y avait à travailler pour lui. On discutait le bout de gras, on parlait de ci et de là, de l’âge des chevaux et de la qualité des terres ; on débattait des conditions pécuniaires, du manger et du coucher ; enfin, on finissait de s’accorder. La parole donnée était l’unique contrat, et cochon qui s’en dédisait. Ces marchés à l’embauche restèrent très fréquentés jusqu’au lendemain de la seconde guerre mondiale (19501956), car la bonne marche du monde paysan en dépendait. C’était un camouflet cuisant, pour un fermier, que de perdre un bon charretier au profit d’un voisin ; c’était un mauvais point, pour un domestique, que de ne pas retrouver la place qu’il venait d’occuper. En vérité les louées permettaient à chacun, employeurs comme employés, de remettre les pendules à l’heure, selon les exigences des uns et les mérites des autres. Ce fut la mécanisation de l’agriculture qui, supprimant la main d’oeuvre saisonnière, condamna du même coup ces assemblées.

 

Parlages. En Orléanais, la louée aux domestiques de ferme était la valterie (de valet). Les Foréziens parlaient de la loue où les saisonniers « se mettaient à maître ». Pour les Beaucerons de la plaine chartraine, il s’agissait du marché aux hommes. Pour les Poitevins, de l’accueillage. En Velay (aussi, dans plusieurs régions), la vie était tellement dure à gagner que les familles désargentées se voyaient contraintes, malgré « la vergogne » qu’elles en avaient, de mener à la loue leurs enfants aînés. Les petits esclaves y subissaient une inspection humiliante, avant de les engager, les maîtres leur regardaient les narines, les oreilles et les dents, comme s’il se fût agi de maquignonner des veaux ou des porcelets.

 

Insignes. Afin de se reconnaître d’un simple regard, sans hésitation aucune, les charretiers portaient leur fouet au cou, les bergers épinglaient un flocon de laine au revers de leur veste, les commis meuniers traînaient un sac sur l’épaule, les aoûterons décoraient d’un épi de blé la boutonnière de leur veste. Les bonnes piquaient une fleur à leur caraco.

 

Un enfant qui sortait juste de l’école, à douze ou treize ans (à partir de huit -neuf ans avant le 20ème siècle), était souvent conduit par son père ou, à défaut, accompagné de sa mère. Les parents tâchaient, autant que faire se pouvait, de caser leurs petiots auprès des fermiers dont la rumeur attestait la bienveillance. Ils recherchaient les maisons où le rata avait comme un arrière goût de lard. En revanche, les pères se gardaient des maîtres charretiers qui étaient trop durs vis-à-vis des vaque à tout. De même les mères se défiaient des patronnes qui se montraient garces envers les boniches.

 

« Le denier de Dieu » désignait la pièce de cent sous que le maître donnait à son domestique, sur la louée, pour lui signifier que l’accord d’embauche est conclu. L’acompte, pour symbolique qu’il fût, était imputé aux gages à la fin du terme. En cas de dédit de l’employeur, le domestique gardait la pièce. Si

c’était ce dernier qui se défilait, le maître recevait deux pièces en dédommagement ; la sienne, puis celle du fermier qui avait fait se raviser le domestique. Passé le lendemain soir, aucune des parties ne pouvait se désister. Tout fermier devait fournir une charrette attelée pour apporter le coffre d’un nouvel engagé ; mais cette obligation ne s’appliquait pas aux éloignements supérieurs à quatre lieues et demie, soit de dix huit kilomètres.

 

« La soupe honteuse » qualifiait le déjeuner que prenait un domestique quand il arrivait dans une nouvelle place ; en effet, il n’avait pas commencé à travailler qu’il était déjà attablé ! Le 24 juin au matin, après la soupe, chaque patron de culture réunissait son monde autour de la table commune et se retirait dans la chambre. Il dépliait son épais portefeuille, puis il appelait ses gens à tour de rôle, pour régler leur terme passé. Ceux qui espéraient trouver mieux ailleurs, en discutaient à ce moment-là. Ça négociait âprement pour arracher quelques sous, mais sans jamais élever la voix ni proférer la moindre injure. On s’accordait, tant mieux ; on se désaccordait, tant pis. Le charretier irait à la louée et se dégoterait un nouveau maître, croisant l’ancien qui chercherait un nouveau charretier. On disait que les fermiers s’entendaient entre eux, dans la semaine qui précédait la louée, sur les salaires à consentir.

 

Dictons pour la Saint-Jean (24 juin) bon berger n’est plus à louer. A la Saint-Lambert (17 septembre) qui quitte sa place la perd.

 

 

Renseignements pris sur le Dictionnaire BOUTET Gérard et sur wikipédia.

 

Texte recueilli sur le souaton N° 110 du cercle de généalogie du Perche Gouet

 

http://www.perche-gouet.net/

 

 

Les capitaines de Beauce

 

Il ne s’agit pas de militaires. Au XIXe siècle, et avant, beaucoup d’ouvriers agricoles venus surtout de Bretagne et de Normandie, s’embauchaient dans les fermes beauceronnes pour les mois d’été.

Principalement pour faucher, ce qui se pratiquait par équipes de quatre ou cinq, dans plusieurs fermes pour ramasser ou lier. Le capitaine était capable de faucher un demi hectare par jour selon les mois : le sainfoin en mai, les « fareaux » en juin, le seigle, l’avoine et le blé en juillet-août.

Selon le temps qu’il faisait, le moisson était généralement terminée en août, quelques fois assez tard.

Quand il avait fini de « faire sa Beauce » , l’ouvrier « étranger » rentrait chez lui pour ses propres travaux, avec quelques économies en poche (pas beaucoup).

Ces hommes étaient appelés les « aoûtrons », ou hirondelles d’août.

Ils travaillaient avec leurs outils, cette méthode permettait à de petits cultivateurs, par exemple ceux du Perche, d’arrondir un peu leurs revenus et de faire valoir quelques hectares ou un petit élevage.

En Beauce, ces petites exploitations étaient désignées comme des « haricotages » à cause des haricots, ou « carcottages », les intéressés étant des « carcottiers », paysans modestes.

Faut-il rapprocher le terme du mot anglais « cottages » ?

Cela n’est pas impossible lorsque l’on sait que de nombreux mots anglais viennent de la conquête de l’Angleterre par les Normands … et réciproquement.

Gaston Brillant

 

 

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